lundi 28 novembre 2011

L' hiver ... une vie au ralenti


Sortir le fumier avec les bœufs et le traineau
En hiver, l’activité agricole était au ralenti. Elle  consistait essentiellement à  distribuer le fourrage au troupeau, à sortir le fumier de l’étable et à traire les vaches. C’était aussi la période des  vêlages,  qui étaient toujours une étape critique. Le gonflement du pis de la vache, ses trépignements à l’étable étaient les signes avant- coureur d’une mise-bas et cela pouvait signifier une nuit blanche pour le paysan.
En plus des « tuades », moment festif qui joignait l’utile à l’agréable,  les paysans avaient  l’habitude de faire des  veillées. Durant ses veillées, on jouait à la belote tout en blaguant. . Des qu’on a été en âge de comprendre les règles de ce jeu,  on était enchanté de jouer avec les grands.

La belote est un jeu de cartes qui se pratique à quatre avec un jeu de 32 cartes. Les quatre joueurs sont répartis en deux équipes de deux joueurs. Je dirai que la belote est avant tout un jeu de chance mais la stratégie a aussi un rôle.  Pour bien jouer, il est important de mémoriser les cartes qui ont été jouées par vos adversaires et votre partenaire afin d’essayer de deviner les cartes des autres joueurs.
A la fin de la veillée, on partageait une collation composée de charcuterie et de fromages.


Un jeune veau qui tête sa mère

vendredi 18 novembre 2011

La "tuade"


La cabane où on préparait les repas des cochons
Dans chaque ferme on élevait un ou deux cochons  qui mangeaient   des choux, des patates, des carottes des betteraves et les restes de la  famille. C’est en hiver qu’on tuait ces cochons et le jour de leur assassinat s’appelait « La Tuade ». Il s’agissait en fait d’une  journée festive passée avec les voisins.

Tôt le matin, les invités  arrivaient à la maison pour l’évènement.Tuer le cochon était une affaire d’hommes avant tout, trois à quatre hommes pour tenir le cochon, un pour lui trancher une veine du cou et à la rigueur  une femme  pour tenir la bassine utilisée pour récupérer le sang. Nous les enfants, nous n’aimions pas entendre les cris de désespoir de la bête et nous trouvions cela cruel.
On tue le cochon (*)
Une fois l’agonie terminée, le porc était ébouillanté  pour être lavé et sa peau était raclée au couteau pour enlever les poils ( bref un rasage complet en quelque sorte).  Ensuite venait  l'éventrage du cochon pour enlever toutes les viscères sans, évidemment, les endommager. Une fois les boyaux récupérés, les femmes avaient la tâche de  les laver. Parfois, on sollicitait les enfants pour vider de l’eau dans les boyaux. Certains boyaux étaient alors  utilisés pour faire du boudin avec le sang.
Une grande partie de la  viande était hachée avec de la graisse  pour faire de la saucisse et du saucisson. La différence entre la saucisse  et le saucisson résidait dans la taille des boyaux , boyaux plus fins pour les saucisses  . Si les saucisses étaient consommés fraiches ou en conserve, les saucissons étaient conservés à la cave pour le séchage et on en consommait toute l'année. Une autre partie de la viande hachée à  laquelle on ajoutait le foie servait à faire le paté.
On fait les saucissons (*)
Les pattes  du cochon, vidées des os et de la viande étaient farcies aussi avec de la viande hachée  et on fermait chaque patte aux extrémités en les cousant avec du cordon. On obtenait un jambon qu’on   laissait sécher et qu’on magerait   dans l’année, cuit dans de l’eau, pour quelques grandes occasions. Par exemple  pour fêter la fin des travaux de fenaison, on mangeait justement un de ces jambons.
Le jambon "cousu" (*)
 
Cette journée de "tuade" était l’occasion de faire un bon repas avec les voisins et souvent elle  se terminait au tour d’un souper suivi de partie de belotes

Le lendemain de la « tuade », à l’époque ou le congélateur n’existait  pas, on faisait des bocaux de conserves, soit de pâté,  soit de saucisses, soit de "fromage de tête" ( le fromage de tête est fabriqué avec la tête, les pieds du cochon, la queue … Selon l’expression bien connue , « tout est bon dans le cochon »).
Pour nous les enfants,  ce jour-là ou le lendemain, nous avions une mission de haute importance. Ma mère préparait pour chaque voisin qui avait participé à la tuade une assiette de victuailles ou elle mettait dans chaque assiette, un peu de filet de porc, un peu de boudin, un peu de graisse et un peu de saucisse.Nous portions alors ce plat chez les voisins qui nous offraient un  sirop et des biscuits.
 
A part le vendredi , il n'existait pas un jour ou le paysan ne mangeait pas un peu de porc, notamment par le biais du saucisson ou du lard.
(*) source web

lundi 14 novembre 2011

La burle

Avec l’arrivée des premiers flocons, la vie à  la ferme basculait en «  mode hiver ».La neige alliée à la burle, un vent du Nord qui souffle en hiver sur le plateau ardéchois  rendait  les déplacements difficiles, voir dangereux.

La burle, elle était notre ennemi public numéro un. Elle créait une atmosphère glaciale , lugubre. On connaissait son souffle dans la campagne, elle piquait le visage, elle modifiait le paysage en sculptant la neige, en créant des dunes de neige qu’on appelait congères et qui rendaient les routes impraticables.
La burle s'est tue ... On ouvre la porte de l'étable

Le voyageur  pouvait se perdre dans cette burle … il ne  fallait surtout pas se laissait prendre dans la burle la nuit car le paysage le plus familier pouvait  perdre tous ses repères … On pouvait être obligé d’abandonner sa voiture dans cette burle et continuer  à pied…
Quand la route était  bouchée, mon père prenait alors  son sac tyrolien  et se  rendait  à pied au village ou en ski de fond pour  faire les courses.
Mon père, de retour du village  ... avec son sac tyrolien

Régulièrement, les ponts et chaussées ouvraient les routes à l’aide de la fraiseuse  dont sa mission est d’avaler la neige de la route  pour la recracher ensuite loin sur les bas-côtés. Le travail de la fraiseuse était complété par celui du chasse-neige. La fraiseuse constituait ainsi des tranchées de part et d’autres de la route que la burle s’empressait de remplir dès qu’elle entrait en action.Pour faciliter le travail du chasse-neige et de la fraiseuse, on plantait avant l'hiver sur les talus des routes des bâtons , qui servaient  également de repère aux automobilistes, en particulier en cas de tempête de neige.
 
La fraiseuse ouvre la route

La route est ouverte

et pour terminer, unne immersion dans la burle à travers cette vidéo  trouvée sur le Web Au coeur de la burle

dimanche 30 octobre 2011

Une vie de pensionnaire

Dès que j’ai eu l’âge d’aller à l’école, je quittais la maison pour être pensionnaire au village. Notre ferme se trouvait à cinq  kms  du village aussi, nous ne pouvions pas rentrer tous les jours de l’école. La rudesse des hivers était  la principale raison de cela  car même après l’acquisition  de la voiture, on n’aurait pas pu faire dix kms à pied  dans la neige et  donc vingt  kms pour mes parents qui nous auraient accompagnés.

C’est donc dans un pensionnat catholique de « petites  filles » tenu par des religieuses  que j’entrais dans l’univers scolaire. Quitter ses  parents à un si jeune âge peut sembler  difficile ou anormal mais pour ce qui me concerne, je n’en garde pas de mauvais souvenirs. J’avais compris que c’était un passage obligé et  ma capacité d’adaptation avait fait  le reste. Cependant,  pour certains, pensionnat rimait avec tristesse, ennui et  froideur.

Une vie de pensionnaire, c’était  avant tout une vie ou tout  était minuté : le lever,  les repas, les récréations, les divertissements, le coucher, les prières, les travaux manuels etc. La fantaisie n’avait pas sa place dans un tel univers … C’était  aussi une vie de discipline et de rigueur ou l’affection  naturelle qu’on pouvait recevoir des parents était absente …non pas que les religieuses soient dépourvues d’affection mais simplement « être une mère »  ne faisait pas parti de leur mission… je mettrais donc cela sur le compte de l’ignorance … Il y avait du temps pour  rire et  pour parler  mais seulement  pendant la récréation ou pendant les repas … Une vie de pensionnaire,  c’était une vie communautaire  ou la seule intimité que vous puissiez avoir  était  celle que vous entreteniez avec vos pensées… ou les groupes se faisaient et se défaisaient …au grès d’alliances ou de guerres déclarées. Notre école avait sa « caïd » … il fallait éviter de se la mettre à dos tant  on redoutait les représailles. J’ai su que j’avais une amie en ma voisine de dortoir le jour ou j’ai pu lui partager ma révolte sur de tels agissements sans crainte d’être trahie.
Chaque dimanche, nous allions à la messe et nous les pensionnaires, nous  étions au premier rang à l’église. Nous savions que nos parents étaient quelque part au milieu de l’assemblée des fidèles mais nous n’avions aucun contact avec eux. Après la messe, alors que nous prenions le repas, nous recevions la visite de nos parents. On nous appelait  pour venir les embrasser. Ils nous apportaient notre gouter de la semaine souvent un paquet de gâteaux que nous allions ranger précieusement dans un petit placard personnel. 


Des que je commençais ma scolarité, je dois reconnaitre que la part que les religieuses auront dans mon éducation deviendra prépondérante par rapport à celle de mes parents pour la simple et bonne raison qu’à partir de ce moment la, je n’étais plus à la maison que pour les vacances scolaires. Si je n’ai pas été traumatisée par la vie de pensionnaire, c’est principalement je pense, parce que j’ « aimais l’école » comme disaient les adultes. Ma curiosité  y avait trouvé de belles opportunités  d’explorer des savoirs nouveaux. Apprendre n’était pas une contrainte mais plutôt un plaisir. Les devoirs étaient des petits défis que je me plaisais à relever …

Photo de classe à l'école primaire du Béage

samedi 15 octobre 2011

Aller aux framboises


La forêt de Muserand
Après les foins, après les myrtilles, chaque fin d’été, nous allions avec ma mère cueillir des framboises sauvages. Équipés de petits récipients et de seaux, chaussés de bottes  pour limiter les égratignures, nous allions à Braille ou a la forêt de Muserand  pour faire notre cueillette.  Nous connaissions tous les coins ou l’on pouvait trouver ces baies. 

Les framboises sauvages poussent dans les clairières ensoleillées, au bord des murailles… Elles n’ont pas l’embonpoint  de leurs cousines domestiquées, elles ont  des grains plus durs  … aussi leur destin est de finir en gelées mais leur parfum  reste inégalable.  Chaque fruit se ramasse un a un … il nous fallait un après-midi  à tous pour remplir notre seau.
 
Avec la  cueillette, ma mère faisait de délicieuses gelées. Nous aimions   bien participer aux différentes étapes  de la préparation  comme :
  • Faire éclater les fruits en les faisant chauffer à feu doux et en remuant fréquemment pour ne pas que les fruits attachent au fond de la marmite
  • Passer le jus dans un torchon pour extraire chaque goutte du précieux nectar
  • Faire cuire le jus et le sucre tout en remuant le mélange
  • Remplir les pots  en couvrant la surface du jus par un papier sulfurisé  imbibé de rhum pour éviter les moisissures
  • Sans oublier de  lécher la marmite à la fin
Cette gelée était un vrai régal sur une tranche de pain beurré le matin au petit-déjeuner.

dimanche 9 octobre 2011

Après les foins ..LES MYRTILLES

Les myrtilles
Cette petie baie noire, très rependue sur le plateau ardéchois, un jour, valut de l'or pour nous, les enfants. En effet, lorsque que  la collecte des myrtilles fut organisé  dans notre village, ce fut un opportunité pour nous de gagner notre "premier salaire". Dès que les foins étaient finis, nous nous consacrions à  la cueillette de ce petit fruit.Nous arpentions les landes boisés, avec un "peigne", une bassine et un seau. 
Le peigne pour la cueillette
La cueillette se faisait  donc à l'aide  d'un  "peigne" conçu spécialement pour ce faire. En peignant les petits  myrtilliers, le fruit, avec pas mal de feuilles aussi, se  décrochait   de la plante pour tomber dans la bassine. Une fois la bassine trop lourde pour notre poignet, nous la vidions dans le seau et une fois le seau plein , nous retournions  à la maison. Parfois , il nous arrivait de perdre notre seau à force de tourner dans cette lande à la recherche des myrtilles. L'astuce pour éviter ces émotions désagréables consistait à mettre un pull sur l'arbre  qui voisinait le seau  ainsi, on pouvait plus facilement repérer son emplacement.
Chaque  jour, nous étions a la recherche de "nouveaux gisements" et chaque jour nous  éloignait un peu plus de la maison.
Le cueilleur de myrtilles à l'action

Le soir , mon père pesait la récolte de chaque enfant et la portait chez un paysan du coin qui centralisait tout le ramassage effectué par le quartier. A son retour, il donnait à  chacun le gain de sa journée. 

Avec l'argent de ma première saison de récolte de myrtilles, j'ai acheté un magnétophone à bande ...Pouvoir enregistrer la voix et les chansons de la radio, c'était magique ...je me souviens de la première chanson que j'ai enregistré  sur ce magnétophone... je l'ai passé en boucle pour en copier les paroles et l'apprendre par cœur. Aujourd'hui, encore, ces paroles  me reviennent à la mémoire 
“Grenades , grenades, fruits de la belle saison , une sérénade m’a fait perdre la raison ... “
Pour moi cette chanson était très belle, elle parlait de pays ensoleillés, de fruits généreux et inconnus ...mais mon père, qui par hasard prêta attention  à  mon enregistrement eut une parole si désapprobatrice et méprisante que je compris qu'il y avait quelque chose de mal avec cette chanson.  Je n'osais pas demander quoi ,  mon père n'osa pas non plus  me fournir la raison de sa désapprobation. Ce n'est que bien des années plus tard, que je compris le caractère "sulfureux" de son contenu ( ne la cherchez pas su internet, personne n'a jugé opportun de la répertorier ... et je n'en  connais ni  l'auteur ni le titre ...)




 

mercredi 5 octobre 2011

Un dimanche à la campagne

Les années de notre enfance  ont baigné dans la religion catholique omniprésente et indiscutée.
Aussi, aller à la messe le dimanche était un rituel sacré .On y allait chaque Dimanche… seule la maladie pouvait être une excuse acceptable.
Ce jour-là, à la ferme, on n’effectuait que le minimum indispensable des travaux, à savoir nourrir les animaux, nettoyer l’étable, traire les vaches et les chèvres. En faire plus aurait-été un acte grave de désobéissance à  Dieu (à l’église ou à la  tradition)
Mais peu a peu, pendant la période des foins, quand la semaine précédant le dimanche avait été particulièrement pluvieuse, le prêtre du haut de sa chaire autorisait officiellement   à récolter le foin. Par contre on ne pouvait pas faucher, cela aurait été contraire à l’esprit de l’autorisation donnée par le curé.
L'église du Béage et la cure
Aller a la messe , pour nous enfants, cela consistait à rester une heure environ bien sage ( et on l’était à cette époque, je vous assure ) à écouter une liturgie qu’on ne comprenait pas (sachant qu’on a connu la fin de l'époque de la  messe en latin). Il me reste encore quelques formules sacrées et mystérieuses en mémoire.
A la sortie de la messe,  c’était un grand moment de convivialité villageoise.
Trois groupes se formaient …
Les hommes qui se retrouvaient par petits groupes  selon le hasard de leur sortie de l’église et ils allaient au café pour  "boire le canon" . Le groupe pouvait aller de 3 à 8 personnes environ et chacun payait sa tournée, chaque tournée dans un café différent, histoire de faire vivre tout le monde … et les cafés ne manquaient pas. La boisson incontournable était le vin rouge que les plus raisonnables coupaient avec de la limonade, mais les raisonnables étaient plutôt  rares. Donc, vous comprendrez qu’après la messe, à l’issue de cette virée des bistros du village, un paysan pouvait avoir « quelques canons »  à son actif sans être saoul pour autant.
Les femmes aussi se retrouvaient en petits groupes pour boire le café  mais la on laissait moins  faire le hasard. Le copinage est une valeur plus essentielle dans le monde féminin. Donc ma mère prenait son café avec toujours plus ou moins les même copines et le devoir voulait qu’elles boivent un seul café par dimanche.A tour de rôle, chacune  offrait  le café , il fallait simplement se souvenir d’un dimanche à l’autre qui avait payé sa tournée. Pour accompagner ce café, elles achetaient un paquet de gâteaux à  l’épicerie.
Alors me direz-vous pourquoi les femmes prenaient un seul café ? C’est surtout qu’elles avaient les courses à faire pour la semaine.Cela consistait acheter  quelques fruits et légumes et quelques articles d’épicerie. Les courses de la semaine, cela représentait 2 cabas environ … on était loin de la variété et de l’abondance actuelle.Ma mère apportait les courses à la voiture et attendait le retour de mon père.Il est clair que si la gendarmerie faisaient un contrôle d’alcoolémie  après la tournée des cafés, tout le monde serait rentré à pied à la maison !
Pour nous les enfants, nous accompagnions notre mère  ou des que nous avions un certain âge je dirai 10 /11 ans , on avait le droit d’arpenter avec nos copines les rues du village et nos  parents  nous donnaient la pièce pour aller acheter  quelques douceurs : un mars , un caramba , une barre de chocolat malakoff (*), une mini barquette de Nutella ... chez la Gusta de Prosper ( je suppose qu’il y avait d’autres Gusta qui n’appartenaient pas à Prosper )

Quand mon père revenait de sa tournée des bistros, on rentrait à la maison et  notre priorité étaient de quitter les habits du Dimanche pour ne pas les salir en vue du dimanche prochain.


(*) comme je n’étais plus sûre du nom car je ne vois plus ces chocolats à la vente de nos jours, j’ai vérifié  sur  Wikipedia qui les connait aussi : Chocolat Malakoff : barre chocolatée au praliné noisette inventée par un chocolatier  stéphanois  le 8 septembre 1855, en souvenir de la Bataille de Malakoff. Ils étaient délicieux aussi on ne peut pas les oublier

mardi 27 septembre 2011

FAIRE les FOINS(4/4) ...rentrer le foin à la grange


Le transport de ces meules de foin était aussi assez unique.

Un enfant restait au pré pour passer des cordes au tour du tas de foin et ramasser les brindilles qui restaient après le déplacement de la meule.

Un autre enfant acheminait jusqu'à la porte de la grange les petites meules de foin de foins avec le tracteur.
L'acheminement de la meule de foin dans la grange
Comme la grange n'était pas conçue pour que le tracteur puisse y entrer, mon père finissait l'acheminement de la meule foin  à l'intérieur de la grange avec une paire de bœufs (ou de vaches) dressés.
 
Une fois la meule de foin  dans la grange,  il étalait le foin avec une fourche.En fait , tout le foin était stocké en vrac dans la grange.

Ce mode d'acheminement était possible car  tous les prés étaient attenants à la grange . En effet, nous n'aurions pas pu trainer la meule de foin sur la route car l'hiver,  les vaches auraient pu se casser les dents avec les graviers récoltés pendant le transport !

Il était fondamental de stocker du foin correctement  séché ..en effet, si la fermentation était trop forte, le foin pouvait carboniser ..si le foin était humide, il pouvait moisir ... Un foin de qualité avait quelques retombées indirectes  dans la bourse du paysan!

Relater les fenaisons en oubliant de parler de la  « réboule », ce serait une lacune importante à notre récit. La « réboule » était la journée de convivialité qui marquait la fin de la récolte du foin. Elle donnait l’occasion de partager un repas amélioré avec notamment le jambon qu’on avait mis de côté pour cette occasion. La  « réboule » pour nous enfants, c’était le début des vraies vacances, c'est-à-dire quinze jours de liberté avant la rentrée des classe

A cette étape, il fallait encourager bruyamment  les vaches pour monter dans la grange

NB: Ce n'est pas aisé de décrire les travaux de fenaison en français,. Comme je le disais lors d'un post antérieur sur le patois, même encore aujourd'hui, c'est des mots patois - français  qui me viennent à l'esprit. Ce sont des mots  plus justes , plus précis ... mais qui ne sont compris, hélas, que par  les locuteurs de l'époque!



dimanche 25 septembre 2011

FAIRE les FOINS(3/4) ... Ramasser le foin

Les andains

  Notre technique pour ramasser le foin était fort peu  conventionnelle. Comme dans tout processus  qui a fait ses preuves, chaque détail avait son importance !En fait, c'était un processus  mixte entre la  méthode traditionnelle complétement manuelle et l'introduction des machines agricoles.
Quand le foin était sec, on formait de gros " boudins"  parallèles (andains) sur toute la longueur du pré. Pour former ces gros andains, nous utilisions la  râteleuse tiré par la moto-faucheuse … plus tard on utilisera  le râteau-faneur  tiré par le tracteur.


La rateleuse

Faire les "féniers"
Une fois les  andains constitués, nous poussions le foin avec la moto-faucheuse  pour obtenir des tas d'un mètre cinquante  de haut environ . Une fois les tas réalisés, Il fallait que ces tas soient solides aussi on les  tassait avec les pieds et on leur  donnait la forme de petites meules de foin.On appelait ces meules de foin des "féniers".
Parallèlement à la confection des "féniers", tout le reste du pré était soigneusement ratissé au râteau pour ne laisser trainer aucune brindille.

Cette opération nécessitait la participation de toute la famille car tout ce qui concernait les finitions était très chronophage. . Dès que vous étiez en âge de tenir un râteau, vous étiez embauchés ! Nous enfants, nous aimions  bien piétiner les tas de foin pour les tasser … par contre, râteler était une corvée très ennuyeuse.

Il arrivait aussi que la pluie s’invite au cours de cette  phase de la récolte. Si l'averse avait été passagère, seule la couche de foin mouillée de la meule était à nouveau étalée. Par contre, après une pluie forte, toute la meule devrait être démolie pour une nouvelle phase de séchage au soleil.Si la pluie durait plusieurs jours, le foin moisissait  à l’intérieur de la meule … mais on le récoltait tout de même … le « re-séchage » était plus long, la qualité nutritive  du foin était très altérée … La pluie était donc notre ennemi public numéro un pendant la fenaison.


Les "féniers"  dans le pré

vendredi 23 septembre 2011

FAIRE les FOINS (2/4) ... Tourner le foin


Ma sœur ...tournant le foin au tracteur
Une fois l’herbe coupée, le lendemain ou le surlendemain, il fallait  la retourner pour faciliter son  séchage, qui  est indispensable pour sa conservation . Progressivement le râteau  qui était le seul outil utilisé pour tourner le foin a laissé sa place à la moto-faucheuse qui tractait une « vireuse »  puis au râteau- faneur  tiré par le tracteur.
Cependant,  on utilisait toujours le râteau pour le pourtour des prés, les talus, ..bref les endroits inaccessibles par le tracteur. Une fois l’herbe bien éparpillée dans le pré, c’était au soleil  de continuer la tâche. Si une pluie passait par là, il fallait  recommencer ...


Mon père ...  tournant le foin au râteau

Pour réussir un bon foin, il fallait de  3 à 5 jours de séchage, selon la densité de l’herbe et bien sûr le soleil et ou le vent. L’absence de pluie garantissait un foin de qualité 

mercredi 21 septembre 2011

FAIRE les FOINS (1/4) ...Couper l'herbe

Juillet et août  étaient les deux mois où l'activité paysanne était à son apogée. C'était la période de la récolte du foin pour nourrir les animaux pendant la longue saison d'hiver.
Cette   récolte   se déroulait en quatre étapes
- couper l'herbe
- tourner l'herbe pour faciliter son séchage
- faner
- rentrer le foin à la grange  
A l'époque de mes grands parents, la faux était le seul outil utilisé pour couper l'herbe. A l'époque de mes parents, elle fut détrônée au profit de la moto-faucheuse puis du  tracteur.
Mais,  comme pour les paysans, dirons-nous , "une herbe est une herbe", les bordures des prés, les talus, les fossés,..que le tracteur ou la moto-faucheuse ne pouvaient pas atteindre, se faisaient à  la faux . Bien sûr, on ne calculait pas le taux horaire du faucheur  au regard du foin récolté mais le pré devait être impeccable !
Aujourd’hui, dès que je sens l'odeur d'une pelouse fraichement tondue , ma mémoire me ramène aux  étés de mon enfance ... la période des grandes vacances et la période des foins.
Cela pourrait être que des bons souvenirs  mais pour nous les enfants, nos  grandes vacances commençaient par  notre contribution assidue aux travaux de fenaison, contribution ininterrompue jusqu' a la fin de la récolte, à savoir jusqu'à  mi-aout environ, selon les faveurs de la météo.
Nous en venions à  souhaiter  les jours de  pluie qui nous mettaient au chômage technique .. tout en  étant conscients quelque part, que ce qui n'était pas fait à cause de la pluie serait toujours à faire.

Mon père ... faisant les bordures du pré, à la faux

Mon père ... aiguisant sa faux  ( avec la pierre à aiguiser qui trempe dans un coffin en bois)

une moto-faucheuse ... qui pourrait ressembler à la notre

Mon frère ...qui  coupe de l'herbe au tracteur ..Vive la technologie !

vendredi 16 septembre 2011

Tout le monde parlait patois

Dans les années 50-70, sur le plateau ardéchois,  tout le monde parlait patois ( un dialecte de l’occitan). On a donc  grandi dans un contexte bilingue ... Et oui, il ne faut pas croire, mais avec la connaissance actuelle sur l'apprentissage des langues, on avait un longueur d'avance sur les gens de la ville mais on ne le savait pas. Au contraire, c'était plutôt une tare que de parler patois ! (d'ailleurs,le terme de "patois"  a une connotation péjorative, il évoque dans l'esprit des gens, l'idée d'un langage rudimentaire, marginal, plus ou moins incompréhensible).


A la maison, mes parents parlaient patois entre eux  et avec tous les adultes … mais avec nous les enfants, ils parlaient français. On comprenait donc tout mais comme on ne parlait pas la langue, on avait tendance à  l’écorcher si on essayait de parler ( c’était juste un problème d’entrainement car elle n’avait aucun mystère pour nous).
Nos parents voulaient qu’on parle français comme l’exigeait l’école … On devait démarrer notre scolarité sans  handicap!  A cette époque, on ne voyait pas la richesse qu’il y avait à connaitre deux  langues ( Pour moi, le patois plus tard   facilita énormément mon apprentissage du portugais et de l’espagnol ).

Le patois était une langue parlée mais rarement écrite. Elle   était  très riche en terme précis pour tout ce qui touchait au monde agricole (outils, activités, expressions) … si bien que même si nous parlions français, notre conversation était souvent émaillée de mots patois car  nous ne connaissions pas leur équivalent en français.

L’école, petit à petit nous obligea à bien séparer ces deux mondes linguistiques. Parfois, certains mots au hasard d’une rédaction  tentaient de se faufiler discrètement mais hélas,  ils n’échappaient pas à la vigilance du  maitre    … qui  s’empressait de  les souligner  en rouge avec quelques points d’interrogations dans la marge.Honte à l'intrus !

Après cette guerre d’usure menée contre le patois, l’éducation nationale a voulu lui redonner quelques lettres  de noblesse et  le patois pouvait être une option au bac ..mais hélas, c’était juste une manière de le mettre au musée des langues mortes.

Si on écoutait  un peu  patois :

  l’hymne ardéchois,  tout empreint de chauvinisme …


L'Ardécho! L'Ardécho!
Merveillous païs
S'as pas vis l'Ardécho
N'as jamaï rein vis.

Aven de mountagno
Que tocoun lou ciel
De verto Campagno
Per li blan troupéou
.…
Aven de ribeyros
Plenos de peyssous
Que saoutount din l'aygo
La nuet maï lu jou
r
Ardèche, Ardèche,
merveilleux pays
Si tu n’as pas vu l’Ardèche,
 tu n’as rien vu

Nous avons des montagnes
Qui touchent le ciel
Des vertes campagnes

Pour les blancs troupeaux.
 Nous avons de rivières
Pleines de poissons
Qui sautent dans l'eau
La nuit et le jour
 



Ardecho par Garrin00713

la recette de la "maoche ", spécialité ardéchoise



lundi 12 septembre 2011

La télévision

Dans notre village, c'était par le garagiste que le progrès entrait dans les fermes. En effet, son activité n'était pas limitée à  vendre et réparer les voitures mais aussi tout le matériel agricole ainsi que l'électroménager.
En général, les paysans n’avaient pas de difficulté à apprécier l'intérêt d'avoir un tracteur, une moto-faucheuse, ... l’obstacle majeur à l'acquisition de tels biens matériels  était bien sûr leur financement.

Par contre, le jour ou notre garagiste a décidé de vendre des télévisions aux paysans, il allait être confronté à un véritable défi commercial. En effet, comment convaincre un paysan d'acheter une télévision? Cet objet ne présentait aucune utilité réelle ...bien sûr, le paysan  aurait pu par cet achat se targuer d'avoir une longueur d'avance sur son voisin mais souvent  chez ces gens là,  le pragmatisme l'emportait sur le désir de fanfaronner.
Cela va de soi, mais il faut le préciser tout de même, pour mieux apprécier la suite de l'histoire, que  notre garagiste  n'avait pas suivi la moindre formation en marketing !Force est de  reconnaitre avec recul qu'il  a eu une idée de génie le jour ou il a convaincu notamment mon père de prendre un poste de télévision à l'essai, gratuitement, pendant quelques mois. Le contrat était clair : c'était un prêt sans obligation d'achat.

La proposition ayant séduit mon père, la télévision est arrivée un soir à la maison, pour le grand bonheur des enfants. Je me souviens de la première émission que nous avons regardé , un programme incompréhensible qui ressemblait si ma mémoire est bonne, à un cours de maths. On pouvait ne rien comprendre mais  aucune image ne nous échappait ce soir-là  ...tant nous étions fascinés.
Les jours passant, une inquiétude peu a peu a commencé à nous envahir : Et si mes parents ne gardaient pas la télévision?
On demandait régulièrement à notre grand-mère qui vivait avec nous:
"Tu crois que le papa va garder la télévision ?"
Elle, qui comprenait mieux que nous le monde des adultes, nous rassurait régulièrement sur l’issue favorable  d'une telle interrogation.
Effectivement quand la fin de la période de prêt arriva, on a gardé la télévision.

Et comme dans les meilleurs contes de fée, tout le monde était heureux : le garagiste qui avait gagné son pari, les parents, pas mécontents en quelque sorte de s'être laissés embobiner et les enfants ... pour qui, un monde extraordinaire était entré à la maison ...

BONNE NUIT les PETITS ...avec Nounours, Pimprenelle et Nicolas
Les aventures de SATURNIN
LE MANÈGE ENCHANTE ..avec Castor et Pollux

vendredi 2 septembre 2011

Avec la lumière ...

je ne sais pas quel ordre ces objets ont apparus à la maison mais je me souviens de chacun de leur ancêtre 


Le fer à repasser

Le fouet









Le rasoir
Le moulin à café
A ces petits objets du quotidien que la fée électricité est venue animer, j'ajouterai :
  • Le frigidaire  …. qui a retiré a la cave  quelques prérogatives
  • Le radiateur électrique ..qui est venue apporter un peu d'aide au fourneau pour assurer sa mission  de chauffage de la maison 
  • La clôture électrique  ... qui a remplacé  le  berger 
  • La radio et  télévision  ...qui par magie, sans se déplacer, ont amené Le MONDE  à la maison



mardi 30 août 2011

La lumière dans les chaumières

Une ligne électrique pour chaque ferme !
Je ne pourrais pas vous dire mon âge mais je me souviens du jour ou l’électricité est arrivée  à la maison… pour nous, elle n’avait qu’un nom :  La LUMIERE … elle est venue détrôner  la lampe à pétrole et la bougie.

Une scène reste gravée dans ma mémoire.
J’étais trop petite pour atteindre l’interrupteur …  je  vois encore mon père revenir furieux de l’étable  pour me demander d’arrêter ce  jeu qui consistait à monter sur une chaise   pour actionner l’interrupteur juste pour le plaisir de voir s’allumer la lumière. 

Si on s’arrête 5 minutes pour réfléchir au modèle économique qui a justifié le raccordement de chaque ferme au réseau électrique au regard de la consommation escomptée, on est sûr que  quelque part, les comptes n’étaient pas équilibrés (d’ailleurs, l’ont-ils étaient un jour ?).
Mais a cette époque, nous étions à des années lumière ( j'exagère!)  de telles considérations dans nos chaumières … Le progrès allait de soi, dans un monde où peut-être, l’économie n’était  pas  soumise à une rentabilité à court terme des investissements.
Par contre, dans ce monde paysan ou chaque sou était  rudement gagné… on se contentait d’une lampe par pièce  … qu’on allumait seulement quand c’était nécessaire ! 
Peu à peu,  la lumière est devenue aussi naturelle que le soleil qui brille le jour…et d’autres applications de l’électricité sont venues  lui  faire perdre un peu de son éclat

samedi 27 août 2011

On roulait en "deuche"

Je ne me souviens pas la date exacte quand  mon père a acheté sa première voiture mais je sais que j’étais  à l’école primaire du village  … En effet, on était pensionnaire dès l’âge de 6 ans car on ne pouvait pas  revenir de l’école  à la maison tous les soirs, à pied. Il aurait fallu faire 5 km à pied le matin ainsi que le soir … soit 4 heures de marche par jour pour nous accompagner.
Le Yvou, la Jacqueline; le chien et la 2CV
C’était donc  autour  des années 65 que mon père a acquis sa première voiture : un  2 CV , une « deuche »  (avant, on allait donc au village a pied ou à cheval avec la charrette ou avec la moto-faucheuse qui tirait une petite remorque !)

  • De couleur vert kaki … pour se fondre dans le paysage … modeste et discrète dirons-nous !
  • Avec, s’il vous plait, un toit en toile décapotable … est ce le climat ou l’indifférence à la frime qui faisait qu’on n’en profitait guère ? un peu des deux je crois
  • Un capot a l’avant bombé comme le ventre d’un paysan à la retraite
  • Deux yeux exorbités  …comme pour s’étonner  de toute cette nature  
  • Souple et légère… si légère qu’il suffisait  d’un  homme pour la sortir  d’une congère de neige ou d’un chemin boueux   
  • Un voix bien à elle, reconnaissable entre mille


Bien  qu’elle ait  révolutionné  les déplacements de la famille, cette voiture avait quelques travers de caractère pour nous les enfants.
Combien de fois, ne nous a-t-elle pas écrasé les doigts avec ces demi-vitres  qui  se relevaient  mais qui avaient la  fâcheuse tendance de retomber sans crier gare ?
C’était un 4 places et nous étions 5 …pour  les  3 enfants a l’arrière,  2 s’enfonçaient dans ses sièges a élastique et le 3 ème  s’asseyait sur la barre métallique du milieu qui faisait très mal au cul…On avait beau être élevé a la dure, on essayait tout de même de développer un stratégie pour éviter cette barre  … l’objectif était donc d’être le dernier entré dans la voiture …vous pouvez imaginer qu’au moment de partir, il y avait un peu de tension si bien que mes parents essayaient d’instaurer un tour de rôle pour le supplice .

mercredi 24 août 2011

Il vaut mieux tard que jamais !

Après la  route, on a eu la voiture . Mon père a passé son permis au Puy en Velay ( bien que pour l'époque, il s'agissait d'une simple formalité , mon père était fier de nous raconter dans le menu détail cette expérience mémorable ).
Je me souviens avoir vu traîner le livre du code de la route à la maison et beaucoup de panneaux restaient bien mystérieux  pour la simple et bonne raison qu'on ne risquait pas de les croiser en chemin!

De plus, la raison d'être de tous ces panneaux nous échappait un peu. Il y avait un côté arbitraire dans toutes ces interdictions, obligations, ...  !
J'en veux pour preuve  cette anecdote  encore présente dans ma mémoire aujourd'hui.

Au village, le seul panneau qui sortait du lot était le STOP ...il était si célèbre qu'il avait un nom . On l'appelait  "le stop de chez Lavastre".
Un paysan du village qui avait oublié de s'arrêter au stop, s'est arrêté un peu plus loin (devant le prochain bistro). Il  disait très sérieusement : "j'ai oublié de m’arrêter au stop de chez Lavastre, je me suis arrêté chez Reynaud . Si les gendarmes m'avaient vu, ils auraient bien vu  que j'ai fait preuve de bonne volonté"

jeudi 18 août 2011

"Maintenant, on a la route"

"Maintenant, on a la route"
" c'était l'époque ou on n'avait pas encore la route, ... "

Ces deux phrases peuvent vous paraitre étranges,  et pourtant ...il était un temps  ou "avoir une route"  qui passait devant votre porte était une fierté  d’abord  et du confort ensuite.


La route devant chez nous ... une vraie route de campagne


La route sur le plateau ardéchois, elle se construisait petit a petit, ferme par ferme  ... et un jour , la route est arrivée  devant chez nous   ...Je m'en souviens  de manière flou, plus au travers des conversations de mes parents ...  On parlait "des ouvriers qui travaillaient à la route "... On parlait "de la route qui n'arrivait que jusqu’à  Chabonne" ( une ferme a mi-chemin entre le village et notre ferme )

Savez vous a quoi on reconnait une vraie route de campagne ?
C'est une route ou l'herbe pousse au milieu 

dimanche 14 août 2011

un mode de vie ... modeste, austère , rural , frugal, misérable ....

 j'ai beau chercher ... aucun adjectif ne me convient vraiment aussi je vais vous en parler un peu et chacun y mettra l'adjectif qui lui convient ...

Le plateau ardéchois constitue une région bien distincte du reste du département, de part son relief et son climat. Il appartient  aux hautes terres du Massif Central. L’altitude et le fait qu’il s’agit d’un plateau  en font une région au climat montagnard, avec des hivers longs et rigoureux (notre ferme se situait à 1400 mètres d’altitude).

Le cadre est ainsi posé pour mieux comprendre notre mode de vie. 

Le chauffage  était assuré par un fourneau à bois (puis plus tard à gasoil) installé dans la pièce à  vivre et qui fonctionnait en permanence  … et complété l’hiver  par la chaleur  du troupeau qui résidait à l’étable ( la température idéale  était donc à  l’étable , en hiver).
Je me souviens que par grand froid, on pouvait racler le givre à l’intérieur des fenêtres de la chambre ! Pour réchauffer notre lit, on utilisait des briques qui passaient la journée dans le four, qu’on enveloppait de journaux  et qu’on mettait dans le lit au moment de dormir … ou des bouillottes.
La  bouillote ou la brique chauffaient une petite surface du lit et au cours de la nuit, devenaient des blocs froids. Avec recul, je n’ai jamais compris pourquoi, ma sœur et moi  qui partagions  le même lit, on avait une seule bouillotte… 4 pieds pour une seule bouillotte, ça donnait lieu à  quelques conflits de territoire !
Plus tard, on a eu des couvertures chauffantes…qui  en fait,  étaient très dangereuses  (un jour, le lit de mon frère a  pris feu ! )  Par contre, cela augmentait la surface réchauffée du lit !

une chaufferette
Si on restait sans rien faire dans la cuisine, on pouvait compléter  ce chauffage « frugal » par une  chaufferette … On la remplissait de braises tirées du feu et on posait les pieds dessus. Cela permettait d’avoir chaud  si on restait assis (lors des veillées – pour les grands-parents qui vivaient dans la maison et n’étaient pas très actifs).Une autre alternative à la chaufferette était s’asseoir à côté du fourneau, les pieds dans le four .


la source au fond de l'étable

Il n’y avait pas d’ « eau courante » comme on disait à l’époque, pour dire que l’eau n’arrivait pas dans la cuisine. Au fond de  l’écurie, il y avait une source ou on allait chercher l’eau pour notre usage personnel et pour les animaux. L’eau de cette source était d’une pureté exceptionnelle et toujours très fraiche, hiver comme été. 


Sur le fourneau de la cuisine, trônait en permanence une marmite d’eau chaude qu’on réalimentait  régulièrement en fonction des besoins (certains fourneaux étaient même équipés d’une reserve d’eau chaude).

Le fourneau et sa marmite d'eau chaude ...ma tante et mon oncle
Les sanitaires, la douche …on ne connaissait pas… j’ai du prendre ma première douche au pensionnat de jeunes filles du Béage.

La promiscuité avec les animaux et le fait que ma mère n’était pas un as du ménage faisaient qu’on évoluait dans un univers "très peu astiqué"  (et c'est un euphémisme !) .  Je peux le dire sans honte aujourd’hui mais avec une hésitation de peur de jeter l’opprobre sur mes parents.

Mais si avec notre regard  actuel, notre mode de vie était plutôt « misérable » , digne d’un décor de Zola ou de Dickens … nous ne le vivions pas comme tel ..Pour nous,  c’était la vie normale…

Vous noterez entre les lignes  qu’on était des adeptes qui s'ignoraient  du concept   d’énergie renouvelable  et recyclable !